Les doutes sur la capacité de Bouteflika à diriger le pays accentués par le limogeage de Tebboune.

Publié le par Laïd Sahari

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Celui qui dirige le pays est inconscient ». La phrase n’est pas sortie de la bouche d’un chef de l’opposition traditionnelle. Elle émane d’un homme, considéré plutôt comme un allié du pouvoir. Pour la première fois, en effet, Abdelaziz Belaid, chef du Front Mostakbel, évoque un sujet jusque-là tabou pour les partis politiques, qui gravitent autour du système : la capacité du chef de l’État à diriger le pays.

En commentant le limogeage de Tebboune, Abdelaziz Belaid a déclaré, hier vendredi : “Le message adressé au peuple, c’est que maintenant, et nous devrons avoir peur parce que celui qui dirige est inconscient“. Même s’il ne cite pas le nom du président, l’ancien secrétaire général de l’Union nationale de la jeunesse algérienne (UNJA), parlait bien sûr de Bouteflika, dont l’état de santé chancelant, alimente les rumeurs et les interrogations sur la manière et l’identité de celui dirige réellement en Algérie.

Censé montrer que le chef de l’État exerce pleinement son pouvoir, le limogeage de Tebboune, moins de trois mois après sa nomination, a provoqué l’effet inverse. Le cafouillage autour de la nomination éphémère (pour la seconde fois) de Messaoud Benagoun au ministère du Tourisme a accentué le sentiment d’un pays non-dirigé. Les doutes sur la capacité de Bouteflika à diriger le pays n’ont pas jamais été aussi forts. Après l’opposition, ils gagnent désormais la périphérie du système.

Car, Abdelaziz Belaid n’a pas le profil d’un opposant. Il a grandi et fait une grande partie de sa carrière politique au sein du système. Après avoir quitté l’UNJA, une organisation satellitaire de l’ex-parti unique, et démissionné du FLN en 2011, Abdelaziz Belaid, a lancé son parti en 2012. Il obtient l’agrément sans difficulté et prend part aux présidentielles de 2014, où il se classe troisième, derrière Abdelaziz Bouteflika et Ali Benflis, mais devant Louisa Hanoune, Ali Fewzi Rebaine et Moussa Touati.

Un score surprenant, pour une première participation à la présidentielle, qui avait suscité des interrogations, sur un éventuel coup de pouce de la présidence. Lors des législatives de 2014, son parti crée également la surprise en obtenant 14 sièges, devançant des partis 

plus anciens comme le RCD et le PT, ce qui avait également suscité des spéculations sur un soutien indirect de l’ex-premier ministre Abdelmalek Sellal.

Logiquement, Belaid aurait dû se comporter comme Amara Benyounes ou Amar Ghoul, qui applaudissent tout ce que fait le président Bouteflika, même lorsqu’ils sont exclus du gouvernement. Mais il a choisi de sortir des rangs. Sa déclaration surprenante pourrait signifier que le consensus au sein des clans au pouvoir commence à se fissurer et que l’hypothèse d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika devient problématique.

 

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