50 Ans d'indépendance, Henri ALLEG, Témoignage (6)

Publié le par Mohamed-Laid-Anas GUENDOUZ

images (7)        Enfin, ils s'arrêtèrent. " Allez, détachez-le ! " La première " séance " était terminée.

Je me relevai en titubant, remis mon pantalon et ma veste. Erulin était devant moi. Ma cravate était sur la table. Il la prit, me la noua comme une corde autour du cou et, au milieu des rires, 

me traîna, comme il aurait traîné un chien, derrière lui, jusqu'au bureau contigu.

" Alors, me dit-il, ça ne te suffit pas ? On ne te lâchera pas. A genoux ! " De ses énormes

battoirs, il me giflait à toute volée. Je tombais à genoux, mais j'étais incapable de me maintenir droit. J'oscillais tantôt à gauche, tantôt à droite : les coups d'Erulin rétablissaient

l'équilibre quand ils ne me jetaient pas contre le sol : " Alors, tu veux parler ? Tu es foutu, tu entends. Tu es un mort en sursis ! "

" Amenez Audin, dit Charbonnier, il est dans l'autre bâtiment. " Erulin continuait à me frapper, tandis que l'autre, assis sur une table, assistait au spectacle. Mes lunettes avaient depuisimages--2--copie-1.jpg longtemps voltigé. Ma myopie renforçait encore l'impression d'irréel, de cauchemar que je 

ressentais et contre laquelle je m'efforçais de lutter, dans la crainte de voir se briser ma volonté.

" Allez, Audin, dites-lui ce qui l'attend. Évitez-lui les horreurs d'hier soir ! " C'était Charbonnier qui parlait. Erulin me releva la tête. Au-dessus de moi, je vis le visage blême et hagard de mon ami Audin qui me contemplait tandis que j'oscillais sur les genoux. " Allez, parlez-lui " , dit Charbonnier.

" C'est dur, Henri " , dit Audin. Et on le ramena.

Brusquement, Erulin me releva. Il était hors de lui. Cela durait trop. " Ecoute, salaud ! Tu es foutu ! Tu vas parler ! Tu entends, Tu vas parler ! " Il tenait son visage tout près du mien, il me touchait presque et hurlait : " Tu vas parler ! Tout le monde doit parler ici ! On a fait la guerre en Indochine, ça nous a servi pour vous connaitre. Ici, c'es la Gestapo ! Tu connais la Gestapo ? "Puis, ironique : " Tu as fait des articles sur les tortures, hein, salaud ! Eh bien ! maintenant, c'est la 10 ème D.P. qui les fait sur toi. " J'entendis derrière moi rire l'équipe des tortionnaires. Erulin me martelait le visage de gifles et le ventre de coups de genou. " Ce qu'on fait ici, on le fera en France. Ton Duclos et ton Mitterrand, on leur fera ce qu'on te fait, et ta putain de République, on la foutra en l'air aussi ! Tu vas parler, je te dis. " Sur la table, il y avait un morceau de carton dur. Il le prit et s'en servit pour me battre. Chaque coup m'abrutissait davantage mais en meme temps me raffermissait dans ma décision : ne pas céder à ces brutes qui se flattaient d'etre les émules de la Gestapo.

" Bon, dit Charbonnier, tu l'auras voulu ! On va te livrer aux fauves."

Les " fauves ", c'étaient ceux que je connaissais déjà, mais qui allaient déployer plus220px-Gégène - Génératrice pour torture à l'électrici largement leurs talents.

          Erulin me traina vers la première pièce, celle ou se trouvait la planche et la magnéto. J'eus le temps d'apercevoir un Musulman nu qu'on relevait à coups de pied et qu'on chassait dans le couloir. Pendant qu'Erulin, Charbonnier et les autres s'occupaient de moi, le reste de l'équipe avait poursuivi son " travail " avec la planche et la magnéto disponibles. Ils avaient " interrogé " un suspect pour ne pas perdre de temps.

Lorca m'attacha sur la planche : une nouvelle séance de torture électrique débutait. " Ce coup-ci, c'est la grosse gégène ".

dit-il. Dans les mains de mon tortionnaire ...

à Suivre ...

 

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