50 Ans d'indépendance, témoignage de Harry Salem, connu sous le nom de Henri ALLEG.

Publié le par Mohamed-Laid-Anas GUENDOUZ

images--7-.jpg     Henri Alleg a été, de 1950 à 1955, directeur d'Alger Républicain. Ce journal, qui était, en Algérie, le seul quotidien ouvrant ses colonnes à toutes les tendances de l'opinion démocratique et nationale algérienne, fut interdit en septembre 1955.

      A partir de cette date, Henri Alleg multiplie les démarches pour obtenir que soit levée cette mesure d'interdiction. Celle-ci est bientot reconnue illégale par le Tribunal administratif d'Alger, ce qui n'empeche pas les autorités de s'opposer à la reparution du Journal.

      En novembre 1956, pour échapper à la mesure d'internement qui frappe la plupart des collaborateurs du journal, Alleg est contraint de passer dans la clandestinité.

Il est arreté le 12 Juin 1957 par les parachutistes de la 10ème D.P, qui le séquestrent à El-Biar, dans la banlieue d'Alger, pendant un mois entier.

       C'est le récit de cette détention qu'il fait ici.

        Dans cette immense prison surpeuplée, dont chaque cellule abrite une souffrance, parler de soi est comme une indécence. Au rez-de-chaussée, c'est la "division" des condamnés à mort. Ils sont là, quatre-vingts, les chevilles enchainées, qui attendent leur grace ou leur fin. Et c'est à leur rythme que nous vivons tous. Pas un détenu qui ne se retourne le soir sur sa paillasse à l'idée que l'aube peut etre sinistre, qui ne s'endort sans souhaiter de toute sa force qu'il ne se passe rien. Mais c'est pourtant de leur quartier, que montent chaque jour  les chants interdits, les chants magnifiques qui jaillissent toujours du coeur des peuples en lutte pour leur liberté.

       Les tortures? Depuis longtemps le mot nous est à tous devenu familier. Rares sont ici ceux qui y ont échappé. Aux "entrants" à qui l'on peut adresser la parole, les questions que l'on pose sont, dans l'ordre : "Arreté depuis longtemps? Torturé? Paras ou policiers?". Mon affaire est exceptionnelle par le retentissement qu'elle a eu. Elle n'est en rien unique.. Ce que j'ai dit dans ma plainte, ce que je dirai ici illustre d'un seul exemple ce qui est la pratique courante dans cette guerre atroce et sanglante.

        Il y a maintenant plus de trois mois que j'ai été arreté. J'ai cotoyé, durant ce temps, tant de douleurs et tant d'humiliations que je n'oserais plus parler encore de ces journées et de ces nuits de supplices si je ne savais que cela peut etre utile, que faire connaitre la vérité c'est aussi une manière d'aider au cessez-le-feu et à la paix.

Des nuits entières, durant un mois, j'ai entendu hurler des hommes que l'on torturait, et leurs cris résonnent pour toujours dans ma mémoire. J'ai vu des prisonniers Algériens jetés à coup de matraque d'un étage à l'autre et qui, hébétés par la torture et les coups, ne savaient plus que murmurer en arabe les premières paroles d'une ancienne prière ...

 

A suivre ...

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