Bernard-Henri LEVY et le cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie, réponse de la combattante Zohra Dhrif Mme BITAT.

Publié le par Mohamed-Laid-Anas GUENDOUZ

bernard-henri-levy-rub.gif

Quand l'Algérie, comme la France, regardera son passé en face... 

Marseille.

Colloque, organisé par Marianne, autour du 50e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie.

J'ai, face à moi, Zorah Drif, hiérarque du régime Bouteflika qui fut, dans sa jeunesse, une911732.jpg militante du FLN doublée d'une terroriste restée dans les annales par l'attentat dit du Milk Bar où, le 30 septembre 1956, furent atteints - morts ou blessés - plusieurs dizaines de femmes, enfants et civils innocents.

L'indépendance de l'Algérie, lui dis-je en substance, était une juste cause.

La lutte contre le colonialisme est le prototype de la cause juste qui aurait dû, à l'époque, rallier tout ce que la France comptaitimages--3-.jpg d'humanistes de droite comme de gauche.

Sauf qu'il arrive qu'une cause juste ait recours à des moyens injustes et soit souillée par eux ; et le prototype de ces moyens injustes, le type même de l'infamie qui déshonore les plus nobles engagements, c'est cette façon de viser les civils comme tels que l'on appelle le terrorisme - tout le monde sait cela depuis, au moins, Dostoïevski et Camus.

La hiérarque, visiblement, peine à comprendre ce que je lui dis.

Elle s'enferre dans des considérations oiseuses, pour ne pas dire obscènes, d'où ressort, en gros, que les enfants qu'elle a, ce jour-là, froidement assassinés étaient "partie prenante" d'un "système" global d'exploitation.images--6-.jpg

Ni moi, ni Maurice Szafran et Nicolas Domenach qui animent le débat, ni, surtout, Danielle Michel-Chich qui fut l'une de ses victimes et qui se trouve être là, dans la salle, ce matin, ne parvenons à lui arracher un mot, je ne dirai même pas de remords, mais de regret ou de doute.

Et je sors de cette rencontre avec un sentiment de malaise qui ne fera que s'amplifier tout au long de la journée - et dont je tire, avec le recul, une leçon qui va très au-delà, hélas, du cas de Mme Drif.

Bien sûr, la France doit regarder en face les crimes qu'elle a commis pendant ces sombres temps auxquels elle a tant tardé à donner le nom de guerre.

Bien sûr, le colonialisme est une honte qui salit ses responsables en même temps qu'il humilie ses victimes et qui n'eut pas d'"aspects positifs".

Et rien n'est plus choquant, c'est encore vrai, que l'idée de ces officiers français, coupablesimages--9-.jpg d'actes de torture, qui sont morts en paix, dans leur lit, rétablis dans leurs grades, pensions et décorations et dont nos gouvernants, quelle que fût leur couleur politique, ont scrupuleusement veillé à ce que passe le passé criminel - sans parler de tel responsable de tel parti d'extrême droite dont je suis bien placé pour savoir qu'on n'a pas le droit de rappeler, sous peine de lourdes condamnations civiles, qu'il fut un virtuose dans l'art de la gégène.

Mais en même temps...

Ce qui vaut pour les uns ne vaut-il pas pour les autres ?

L'Algérie combattante n'eut-elle pas, comme vient nous le rappeler, ce matin, l'obtuse, glaçante et impénitente Zorah Drif, sa part d'ombre ?

Et n'est-il pas tout aussi essentiel qu'elle l'admette, en prenne acte, en fasse le deuil ? de l'élimination, à Melouza notamment, des messalistes et autres opposants à la ligne dure du FLN au massacre, après le cessez-le-feu, de dizaines de milliers de harkis en passant donc par le meurtre, comme au Milk Bar d'Alger, de civils non combattants, n'est-il pas vital qu'elle prenne acte de tout ce qui vient contredire la légende dorée d'une émancipation magnifique, menée par et pour le peuple tout entier, pure lumière ?images--5-.jpg

C'est vital pour cette réconciliation franco-algérienne dont on nous parle depuis si longtemps, qui devrait être le pivot de la Méditerranée de demain et dont la construction d'une mémoire commune, partagée, pacifiée, sera le meilleur instrument.

Mais c'est vital, aussi, pour l'Algérie elle-même qui a connu tant d'autres épreuves depuis cinquante ans ; qu'a endeuillée une deuxième guerre, à peine moins meurtrière, mais que lui ont déclarée, au début des années 90, d'autres Algériens, fils de l'internationale fascislamiste ; et qui ne sortira de cette interminable saison de plomb que si elle regarde en face, comme nous, son propre passé criminel.

Je pense à ce régime de parti unique, fauteur de trouble et de misère, dont les crimes du colonialisme sont l'éternelle excuse.

Je pense à ce printemps arabe auquel le mythe de la belle et glorieuse guerreimages--8-.jpg d'émancipation a permis, jusqu'ici, de tourner consciencieusement le dos.

Je pense à l'effrayante description que fait Mohamed Sifaoui, dans son livre, Histoire secrète de l'Algérie indépendante (Nouveau Monde Éditions), d'un État complotiste, paranoïaque, volontiers assassin, systématiquement antisémite, et tout entier sous la coupe de ses services secrets.

Et je me dis, oui, que ceci est lié à cela : la dictature d'aujourd'hui aux mensonges sur hier ; le règne des profiteurs à la falsification d'une Histoire épurée de sa part maudite ; ce système de gouvernance liberticide, corrompu et l'élimination par exemple, pendant et après la guerre, de tous les vrais héros (Abane Ramdane, Mohamed Khider, Krim Belkacem) d'une guerre d'indépendance à côté desquels Mme Drif ou M. Bouteflika faisaient déjà figure de seconds couteaux et de pantins.

La démocratie en Algérie ? Mais oui. Sauf qu'il faudra, comme toujours, commencer par la mémoire.

Par BERNARD-HENRI LÉVy 

images--2--copie-2.jpg 

Rencontre avec la moudjahida Zohra Drif-Bitat : Barrer la route au révisionnisme.

Le colloque organisé à Marseille, au début du mois d’avril,  par l’hebdomadaire français Marianne et le quotidien arabophone El Khabar, sur le thème du 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie,  n’en finit pas de faire couler de l’encre et de la salive.actualite2-26530-.jpg
La moudjahida Zohra Drif Bitat est revenue sur cet événement  pour remettre les pendules à l’heure, au cours d’une rencontre organisée avant-hier par le club des médias culturels, «Maw’id maâ el-kalima».
 La salle Atlas a vécu une affluence des grands jours avec la présence d’un auditoire qui fut aussi attentif que passionné. Il faut dire que le sujet ne manque pas d’intérêt.
Au cours de cette rencontre débat, Mme Bitat a voulu transmettre et faire partager une forte conviction sur la nature de notre lutte de libération, une guerre juste et légitime.
«Cette guerre, pour nous, est terminée. Nous avons gagné notre indépendance. Nous étions tous unis autour d’un objectif et mus par un seul idéal. Si comparaison devait être faite, elle devrait l’être sur laimages--29--copie-1.jpg situation du peuple algérien sous le colonialisme et sa situation, 50 ans après l’indépendance. Et alors, quel que soit le domaine, le résultat relève du totalement incomparable. En effet, comment comparer un indigène sujet à un citoyen ?» s’est-elle interrogée.
Et de poursuivre son argumentation : «Je suis fière de  ce qu’a réalisé mon pays depuis 50 ans. On a des problèmes, mais on est là pour avancer. Ça dépend de nous. C’est notre combat. L’aveuglement de ceux qui veulent rogner le pied de l’histoire pour l’adapter à la chaussure de leurs intérêts ne pourra pas effacer un fait irréfragable, à savoir que la guerre  de libération constitue la plus grande œuvre qu’un peuple ait produit au XXe siècle.»
Ce rappel n’est pas gratuit, indique la militante de la cause nationale. Elle met en garde et insiste sur un devoir de vigilance, car il se développe, depuis une dizaine d’années,  un courant qui tente de délégitimer toute lutte de libération nationale en délégitimant notre guerre d’indépendance.
Zohra Drif Bitat en dévoile les procédés qui sont utilisés et qui sont basés sur un postulat
images--14-.jpgnon dit, à savoir l’établissement d’une symétrie insupportable et infamante entre le colonisé, d’une part, et le colonisateur, d’autre part. «Ce courant trouve des moyens pour justifier des politiques et des positions en relation avec des intérêts qui agitent le monde aujourd’hui. Cette symétrie, relevant du pur révisionnisme entre agresseur et agressé, occupé et occupant, peut autoriser ce courant à se pointer aujourd’hui pour exiger des excuses et, pourquoi pas demain,  des réparations.

Ce procédé ne peut tenir qu’a la condition d’occulter totalement la nature du système colonial et les méthodes politiques utilisées par la France pour occuper l’Algérie et l’annexer  en perpétrant des  génocides, massacres, dépossessions forcées, apartheid du Code deimages--10-.jpg l’indigénat, dépersonnalisation, acculturation… »
«Je sais que  la symétrie est fausse, injuste, et constitue une manière de continuer le système colonial autrement. Au moins, sur le plan intellectuel, ce qui n’est pas peu», observe-t-elle.
Elle plaide pour une mobilisation contre cette logique insidieuse et sournoise, et pour continuer la libération autrement,  par le biais d’un mouvement de pensée et d’actions civiques citoyennes afin de défendre la vérité sur la lutte héroïque de notre peuple pour son indépendance. «Il faut s’organiser et se mobiliser pour être fidèles et dignes de Didouche Mourad qui nous a demandé : "Si nous venons à mourir, défendez notre mémoire".»images--11-.jpg
 Concernant sa confrontation avec Bernard Henri Levy, qui a polarisé l’essentiel des débats, Zohra Drif Bitat a relevé de la haine chez ce philosophe qui a attaqué les chouhada, les combattants algériens et injurié tout un peuple. Mais en  qualité de quoi ? s’est-elle interrogée,  en rappelant aux organisateurs du colloque de Marseille, un devoir d’éthique, de moral et de déontologie face à un prêcheur de la haine qui a monopolisé le débat pour le dénaturer et le soumettre à ses propres obsessions.
«L’Occident affiche une nouvelle ambition à vouloir   recoloniser ses anciennes "possessions",  mais sous d’autres prétextes. On assiste à une répétition de l’histoire. Faisons de telle sorte que notre indépendance soit indéracinable.»
Elle s’est saisie de l’occasion pour plaider en faveur d’une stratégie de riposte de la part de nos intellectuels. Ce à quoi a répondu favorablement et illico presto l’assistance en faisant écho à cette initiative.
Slimane Hachi, préhistorien, a pris la parole pour abonder dans le même sens que la moudjahida, en stigmatisant  le révisionnisme qui s’orchestre subrepticement, et activer, autant que faire se peut et de toute urgence, ce courant et œuvrer en commun pour lui barrer la route.cpa.jpg

Commenter cet article